La der des der de mes héros (et de mes cheveux)

Par Flannie • 10 oct, 2010 • Catégorie: L'insoutenable légèreté du cheveu, Ma minute Bridget

Note initialement publiée le 26 juin 2009

Farah Fawcett et Patrick Swayze sont au seuil de la mort, Peter Falk ne suis plus l’intrigue, David Carradine se kung-fuise bizarremment, Michael Jackson est parti danser sur la lune…

Sais pas pour vous, mes petits chaussons, mais ma jeunesse en prend un coup ces temps-ci.

Aujourd’hui, je vais vous raconter le dernier épisode de ma saga capillaire. yeap ! C’est la fin. Sortez les mouchoirs, défrisez-vous et allez danser tout votre saoul en attendant une nouvelle saga, celle que j’hésite à vous raconter depuis au moins… un an, deux ans… parce que… Je ne sais pas trop pourquoi je n’ose pas mais là, en voyant tous mes héros d’enfance livrer leurs derniers combats les uns après les autres, je me suis dit qu’il était temps de sortir un vieux costume du placard et de l’enfiler « for your eyes only »…

à lépoque où nous étions frères de chevelure...

à l'époque où nous étions frères de chevelure...

Une semaine avant la date de mon mariage, pressée par une grand-mère qui voulait que je m’achète un sac comme il faut et une maman qui désespérait de mon manque d’intérêt pour les détails qui entouraient la cérémonie, je suis allée chez le coiffeur, traînant mes rastas comme de vilaines caries dans le cabinet d’un dentiste.

La jeune femme derrière le comptoir avait le profil bikeuse, un air à la Sarah Connor, un pantalon en cuir noir, un débardeur très prêt du corps, des épaules très larges et des muscles si saillants que le Sergent qui m’accompagnait n’avait plus l’air si viril dans le lot. Somme toute, elle était belle, très belle même, une beauté sauvage, un tantinet masculine avec toutefois un visage d’une pureté désarmante. Ne vous faîtes pas de film, mes chéries belles, je ne suis pas tombée amoureuse mais j’étais si impressionnée que j’ai laissé de côté le petit texte que j’avais préparé pour expliquer l’état de mes cheveux. J’ai posé mon gros bidon de femme enceinte sur le rebord du comptoir qui sert généralement à poser le sac quand on y cherche le chéquier et je lui ai dit tout de go :

- Je ne me suis pas occupée une seule fois de mes cheveux pendant ma grossesse. J’ai des rastas partout. Je me marie samedi.

J’ai scruté son visage à la recherche d’une étincelle d’expression négative mais il n’exprima rien d’autre qu’un désir d’aller immédiatement à l’essentiel.

- Vous vous mariez à quelle heure samedi ?

- 10h.

- Ok, venez à 8h.

- 8h… ? C’est que moi….

Je me suis bien gardée de dire qu’à 8h du matin le jour de mon mariage, je comptais juste m’extirper des draps pour boire une tasse de thé avec la seule cigarette que j’avais gardée du dernier paquet fumé avant de dire que j’arrêtais à jamais. A la place, j’ai caressé mon bidon avec un air de Causette, d’un air de dire « ayez pitié de la pauv’ baleine échouée que je suis. » Le message de mes yeux verts implorants à ses grands yeux noisette décidés est passé comme une lettre à la Poste :

- Ok, vendredi matin 10h.

Ah ben voilà qui était mieux.

Le vendredi matin, j’y suis retournée avec le Sergent qui, d’un seul coup de tondeuse avait su, lui, se faire une coupe fort convenable pour son mariage. Sarah Connor m’attendait sur le pas de la porte, la jambe tendue vers sa bécane rutilante qu’elle regardait d’un air amoureux. Heureusement que ma maman ne m’accompagnait pas ce jour-là. Je crois que le côté « coiffeur de biker » pour un mariage aurait pu la faire friser. Moi, sous mes rastas, je n’en menais pas large et je me serais mal vue dans un salon pour cucul la praline.

Un jeune homme était déjà entre les mains d’une assistante aux cheveux courts en pétard. Les cheveux courts en pétard sur un visage fin et ultra-féminin, ça me fait autant fantasmer qu’une opulente crinière sur un visage de poupée ou de louve. L’idée de me faire la même coupe courte m’a traversé l’esprit deux minutes. Comme je le disais un jour à une amie, si j’avais pu changer mon véritable prénom, je me serais appelée George, Charlie ou Max. Un prénom de mec sur une femme hyper-féminine, c’est marrant… Ceci dit, chaque fois que j’ai eu les cheveux ultra-courts, on m’a pris pour un mec pour de vrai, c’était moins drôle. Là, enceinte jusqu’au nez, je ne craignais plus qu’on se trompe de genre mais le Sergent, lui, ne voulait absolument pas me voir avec des cheveux courts.

- Quand tu seras plus mince, m’a-t-il murmuré à l’oreille

- Little bastard ! (avec l’accent, please)

La coiffeuse a renchérit :

- Vous êtes très frisée. Vous auriez plutôt l’air d’un chérubin.

Elle m’a achevée, la Sarah. Du coup, je me suis tue et j’ai attendue qu’elle tâte mes rastas pour connaître son opinion sur l’ampleur des dégâts. Rien. Pas une moue. Pas un mot. Une vraie pro. Elle a pris un peigne à larges dents, attrapé ma plus grosse rasta et a commencé à tirer, tirer, tirer… De mes yeux humides, je la voyais me sourire dans le miroir. Un ange, cette fille ! Elle en était à la moitié de la première grosse rasta quand un homme petit, fort chevelu et bedonnant est entré un croissant à la main. C’était le maître des lieux, visiblement désœuvré, qui errait sur le boulevard et passait voir si tout était en ordre.

- C’est la future mariée que tu as là ?

Sarah Connor hocha la tête.

- Aïe !

Je n’ai pu m’empêcher de crier même si, depuis dix minutes, elle avait réussi à se frayer un chemin dans ma tignasse sans vraiment me faire souffrir.

- Qu’est-ce que tu lui fais, là ?

Le coiffeur s’était approché. Sarah lui expliqua que j’étais fatiguée par ma grossesse et que je n’avais pas pu m’occuper de mes cheveux. Je ne sais pas si quelqu’un m’a réellement cru sur ce coup mais j’ai atteint un degré de honte rarement égalé dans ma petite vie quand le bonhomme s’est exclamé avec fougue que la technique qu’il employait avec son chien était bien plus efficace.

Autant vous dire que j’ai braqué mon regard sur le reflet du Sergent dans le miroir avec la ferme intention de le pulvériser s’il n’ébauchait ne serait-ce qu’un sourire ironique à la vue d’une comparaison aussi peu flatteuse.

Le coiffeur a farfouillé dans un panier suspendu, pris une paire de ciseaux rouges aux bouts étincelants, a reculé d’un geste de la main ma Sarah Connor et s’est employé à lui montrer comment démêler une rasta façon canine avec toute la prétention d’un vieux mâle imbu de lui-même.

Le problème, c’est que je n’étais pas son chien et que mes cheveux, semblables à HAL dans 2001, l’Odyssée de l’espace, n’ont pas voulu se laisser faire…

Quelques dizaines de secondes plus tard, j’avais une mèche teinte en rouge. Je l’ai senti tirer un peu trop vigoureusement sur quelques cheveux, l’ai vu lever frénétiquement la paire de ciseaux qu’il empoignait de la main droite et… alors qu’il s’abattait sur un nœud gros comme un nid de cailles… Il a hurlé « putain, merde ! ». Du sang giclait sur le miroir et ma blouse. Il s’est tourné précipitamment vers le mur où du sang s’est mis à perler aussi. D’un calme olympien, la coiffeuse aux cheveux ultra court constata « mon pauvre Jo, tu pisses le sang ! » et ce n’était pas peu dire. Sarah Connor était devenu aussi blême que son chef qui du pouce droit essayait de contenir le jet de sang qui surgissait de sa paume gauche. Il venait de s’entailler un tendon en me comparant à son chien.

Heureusement, Sergent qui n’était pas venu pour rien l’emmena illico aux urgences les plus proches. D’après ses dires, Jo le coiffeur faisait à ce moment-là bien moins le malin. Quant à mon démêlage, il reprit avec une certaine crainte et plus de douceur. Sarah Connor redoublait d’attention.

Le lendemain matin, après m’être levée, j’ai salué mes boucles toutes démêlées, fraîches et pimpantes et j’ai grillé la der des der. Deux heures après, j’allais me marier. Deux mois plus tard, j’allais accoucher. Mes cheveux et moi savions ce matin-là que notre vie allait changer à tout jamais.

Devant la mairie, un peu avant 10h, ma grand-mère m’a dit :

- Tu es allée chez le coiffeur ? Ca te va bien. Au club de cartes, on a raconté que le coiffeur du boulevard était allé à l’hôpital à cause d’une femme enceinte qui allait se marier.

- Nooon ? Ben quelle histoire, mémé !


THE END

Rectif de taille, mes amis: Farah fawcett est morte hier elle aussi !!!

Je m’en vais me replonger dans mes années 80…



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Flannie :
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9 Réponses »

  1. ”

    Il y a un truc que je ne comprend pas : comment ce satané coiffeur comptait te démêler tes cheveux avec une paire de ciseaux ????

    En tout cas j’ai bien aimé ton histoire, surtout la chute, excellent !
    j’espère que tu es réconciliée avec eux maintenant …

    J’en connais un autre qui n’aime pas DU TOUT quand j’ai les cheveux courts ;-)

  2. ”

    Quant aux héros, ce qui m’a achevé dernièrement, c’est le départ de Paul Newman, j’étais amoureuse de lui….à 15 ans après l’avoir vu dans « la tour infernale ». J’aimais aussi beaucoup Steeve Mc Queen, il me fait toujours autant d’effet quand je le revois dans « l’affaire Thomas Crown », et là, il est immortel.

  3. En fait, il a pris un gros noeud et a planté la paire de ciseaux dedans avec force. Son autre main était sous le noeud. Tu vois ?
    En tout cas, brrr….. Je ne faisais pas la maligne ;-)

    Pour Paul Newman, j’ai eu un gros, gros choc aussi mais ça ne m’a pas atteint de la même manière. Pour moi, c’était une icône intouchable, au même titre que Sean Connery, Ian McKellen, Clint Eastwood… Des hommes que j’admire au point que je leur ai donné une image « paternelle ».
    Farah Fawcett, Patrick Swayze &co… ils m’ont inspiré des histoires, des personnages, des danses, des jeux… Ca m’atteint d’une autre manière.

    Sur ce, je m’en vais mettre quelques vieux titres de ma jeunesse pour danser un peu. ;-)

    Bisous

  4. ”

    Mince ! je n’avais pas compris quand tu disais que Mickael Jackson était parti danser sur la lune ! en faisant mes courses, j’ai lu les gros titres des journaux et j’ai percuté… Ca fait un choc mais ça ne m’étonne qu’à moitié compte tenu de son état physique et psychique.
    Ce qui m’a fait plaisir dernièrement, c’est que fiston n°2 m’a dit, en écoutant à la radio un de ses succès des années 80, que c’était un sacré grand chanteur et que ses chansons n’étaient pas du tout démodées. Pourtant, ce n’est pas son époque…
    bisous à toi aussi !

  5. Ah ! Ben depuis le temps qu’on l’attendait cette happy end !

    Ce qui est impressionnant dans les décès d’icônes comme ça, c’est que la planète entière (ou un pays entier) est triste en même temps ! Se dire qu’au moment où on apprend la mort de Mickael Jackson, des milliers de gens sont en train de l’apprendre en même temps et de tomber des nues, je trouve ça bouleversant…

    Vivement la prochaine saga alors hein !

    Signé : Un de tes petits chaussons ^^

  6. Tiens Flannie, un p’tit lien qui fera écho à ce que tu ressens : http://www.lesmadeleinesdemady.com/article-33121471.html

  7. Merci !!!!! En effet, ça me fait du bien de retrouver ce sentiment sur la toile. Tu n’imagines pas le temps que j’ai passé à essayer de me faire une coupe à la Farah quand j’étais gosse…. Ah, que de souvenirs !

  8. Pardon, mon petit, mais je dois bien être la seule, avec notre ministre des finances, à être totalement insensible à cette disparition. La première fois que j’ai rencontré Mickael Jackson, c’était sur une affiche de Paris Match. J’ai failli avoir un accident de voiture tellement j’ai eu peur. C’est un sentiment qui m’est toujours resté. Je reconnais qu’il a fait des chansons terriblement efficaces mais j’en reste là. J’ai été infiniment plus attristée par la mort de Michel Serraut, sans parler de celle de Philippe Noiret qui me faisait tant penser à mon papa…

  9. Oh, je te comprends ! Moi, c’est la mort de Farah Fawcett qui m’attriste le plus. Bien sûr, si je dis cela, on me regarde avec de grands yeux style « mais pourquoi ? Elle a sorti combien de disques, elle ? Elle a fait combien de films ? »
    On n’a même pas parlé d’elle aux infos hier. Pourtant, j’ai passé mon enfance avec elle d’une certaine manière et qu’elle ait autant de talent ou pas que X, Y, ou Z ne m’intéresse pas. Ce qui est important, c’est ce que chacune de ces célébrités a apporté dans la vie des gens. Michael Jackson nous laisse des chansons inimitables et, pour moi, des souvenirs d’heures passées entre copines à essayer de danser comme lui.

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