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samedi
juil.162011

Fleur bleue

Petite, je croyais naïvement que mon mois de vacances au bord de la mer chaque été était un dû. Je trouvais qu'il fallait au moins cela pour me remettre de mes fastidieuses années scolaires et, chaque été, je trépignais à l'idée de rencontrer au camping de nouveaux enfants venus de toute l'Europe. Les années passant, je me suis surtout intéressée aux garçons et me suis rendue compte que j'avais une réelle aptitude pour les langues étrangères. Toujours avec la même constance, je remarquais un garçon qui me plaisait, un garçon qui ne parlait pas un traître mot de français, qui était grand, solide et beau, qui sentait bon le sable chaud... et que je ne me décidais à embrasser que deux jours avant mon départ. C'était toujours la même histoire. Mes lectures précoces des chefs-d’œuvre de Barbara Cartland ainsi que mon décryptage d'A nous les garçons m'avaient laissée entendre que la fille qu'on aimait était celle qui ne faisait jamais le premier pas. Tout au plus une oeillade. Une épaule qu'on redresse tandis qu'on penche légèrement la tête de côté. Un sourire troublé. Bref, à la plage comme aux soirées camping, j'appliquais ces règles à la lettre et me retrouvais dans les bras du bon gars quelques jours avant de retourner à l'école. Le drame. Trois jours d'amour fou et j'étais en miettes pour le reste de ma vie. Car oui, bien sûr, mes amoureux de vacances étaient les hommes de ma vie. Chaque été. Et je pleurais, je pleurais, noircissais des pages de mon journal en dissertant sur la cruauté de la vie.

La toute dernière année, celle de mes presque 18 ans, je me suis enfin décidée à faire le premier pas. Passant de "rien" à "tout", j'ai mangé le pauvre garçon à peine une heure après notre rencontre. D'un même coup, je rompais avec le saligaud qui m'avait fait passer un sale moment après le bac et les principes de jeune fille bien élevée collectionnés dans les pages de la Comtesse de Cartland et Barbara de Ségur.

Aujourd'hui encore, les magazines féminins continuent de nous poser la sempiternelle question "est-ce que faire le 1er pas fait de nous une s***pe ?" Ca me fait toujours bien rire à l'approche de l'été car je repense chaque fois à ce pauvre garçon qui en un été a payé pour toutes mes frustrations d'ado trop bien élevée.

Etre fleur bleue et faire le premier pas, ce n'est pas si incompatible.

D'ailleurs, Miette me semble déjà affranchie de ce genre de questionnement. En une soirée, son frère est passé du statut de héros à celui de gigoton insignifiant sur une place d'une vieille ville où chantait un ténébreux guitariste anglais. Quant à son père, son chéri, son amour de papa chéri, il a été relégué au rang de vieillerie en à peine deux chansons. Miette, du haut de ses 4 ans, est tombée en pâmoison devant le guitariste sous le micro de qui elle dansait, dansait, dansait jusqu'à venir s'asseoir à ses côtés, loin d'être intimidée par la scène. Ni son papa adoré ni la chantilly sur mon cornet n'ont réussi à la déloger. Elle n'avait d'yeux que pour son musicien. Dans la voiture, au retour, elle ne cessait de soupirer. Et moi, de voir briller ses océans, je me suis dit que je n'avais pas fini de les éponger à chacun de nos retours de vacances...