Le théorème de la fessée
mercredi, mars 23, 2011 at 8:46AM
Aujourd'hui, je vous propose de parler d'un sujet délicat (et pourtant !) qui est celui de la fessée et de a punition corporelle. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de parler des punitions corporelles à un diner mais c'est généralement aussi peu recommandé que parler de religion ou de politique. La façon dont on punit nos enfants semble être un sujet aussi tabou que l'argent. J'espère donc que nous resterons civilisés aujourd'hui car j'ai envie de vous présenter un livre qui m'a beaucoup inspiré ces dernières années. Il s'agit de "La fessée: questions sur la violence éducative".
Eduquer sans frapper, c'est possible ! Aujourd'hui, il n'est plus permis de frapper les femmes ou les détenus. Seuls les enfants ne sont pas encore protégés par la loi. Et pourtant, les gifles et les fessées ne sont pas indispensables, elles ne rendent pas les enfants plus obéissants, elles n'améliorent pas les apprentissages. Il est possible d'éduquer sans frapper, de poser des limites à ses enfants, avec respect et amour.
Alice Miller dit dans la préface "Ce livre est un cadeau pour les millions de jeunes qui n'ont pas encore d'enfants. Un cadeau aussi et surtout pour tous les enfants à naître dont les parents auront eu la chance de le lire."
Et c'est vrai. D'ailleurs, je remercie beaucoup la personne qui m'a offert ce livre (si jamais elle passe par ici un de ces jours... ;-)) car on a beau se fixer des règles éducatives parfaites avant la naissance de nos loupiots, il y a toujours un jour où on a envie d'exploser, la main démange, les dents se serrent et... bon sang ! Qu'est-ce qu'on leur donnerait bien une baffe ! Bien sûr, il existe quelques parents absolument parfaits sur cette planète à qui cette situation n'est jamais arrivée mais pour tous les autres, aussi imparfaits que moi, ce livre est une bénédiction sur la table de chevet.
Son auteur, Olivier Maurel, répond ici à quelques questions:
Cher monsieur Maurel, comment en sommes-nous arrivés à inclure la fessée dans nos modes d'éducation ?
La fessée n'est qu'une des nombreuses punitions corporelles infligées aux enfants. J'en énumère un grand nombre dans « La Fessée ». Mais j'en ai appris bien d'autres depuis, notamment faire asseoir un enfant déculotté sur un bloc de glace (punition pratiquée au Québec). Toutes les sociétés dotées d'une écriture (qui permet de connaître les proverbes qui recommandent de frapper les enfants) ont recommandé de frapper les enfants. L'usage est probablement antérieur et remonte sans doute au néolithique. En revanche, on connaît un bon nombre de sociétés de chasseurs-cueilleurs qui ne frappaient pas les enfants. Mon hypothèse sur l'apparition de ces punitions est la suivante. Dans les société de chasseurs-cueilleurs, l'espace entre les naissances était en général de 4 ou 5 ans (allaitement sur plusieurs années, d'où régulation naturelle, beaucoup de marches qui ne favorisent pas la fécondité). Les enfants étaient donc relativement autonomes à la naissance du suivant et moins portés à l'agresser. Avec l'agriculture et l'élevage, les naissances se sont rapprochées (2 ou 3 ans). On a pu l'observer au XXe siècle dans des sociétés qui sont passées d'un état à l'autre. Résultat, les aînés sont jaloux des nouveaux-nés qui leur prennent leur mère. D'où agressions fréquentes. Manque de chance, cela correspond au moment où l'ocytocine, l'hormone de l'allaitement, rend les mères très agressives à l'égard de tout agresseur de leur progéniture la plus récente. Cette réaction un peu vive a pu devenir ensuite un usage recommandé par des proverbes. De plus, une fois qu'une génération a subi des coups, elle a de grandes chances de les reproduire. Le cercle vicieux était enclenché. Les proverbes bibliques, considérés comme inspirés par Dieu, ont, en plus, sacralisé cet usage. Pour ce qui est du fait de frapper spécialement sur les fesses, l'usage semble être ancien, mais certaines sociétés frappent plutôt sur les cuisses ou sur le dos.
Les autres animaux élèvent-ils leurs enfants de la même manière ?
Certains animaux pratiquent des morsures, coups de patte ou coups de bec. Mais rien de comparable en durée et en violence avec ce qui se pratique chez les humains où, dans les sociétés traditionnelles, les enfants étaient souvent battus ou menacés de l'être jusqu'à l'âge adulte. Les grands singes, eux, surtout les bonobos qui sont les plus proches de nous, ne frappent ni ne "punissent" jamais leurs petits.
Quels conseils donneriez-vous aux parents qui ne voient pas d'autres recours que la fessée en cas de conflit, de non-obéissance ?
Ce serait trop long de vous répondre. Le chapitre de « La Fessée » intitulé « Comment peut-on éduquer sans frapper ? » essaie de répondre à cette question. Une des premières choses à faire quand on a été soi-même frappé, est de se convaincre que ce qu'on a subi n'était pas normal, et de s'en convaincre émotionnellement.
Je vois souvent dans les statistiques de mon blog des requêtes type « Comment gérer la colère d'un enfant ?, Comment lui expliquer ?, Il tape sa soeur. Que faire ?, Il est méchant. Pourquoi ? » La colère et ses manifestations physiques chez l'enfant semblent déstabiliser bon nombre de parents. Quels conseils pourriez-vous leur prodiguer ?
En plus de mon livre, un des meilleurs livres pour répondre à cette question est celui de Faber et Mazlish : « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent » (je cite de mémoire, c'est peut-être l'inverse) ou encore, des mêmes auteurs :"Jalousies et rivalités entre frères et sœurs » (Stock). Si vous cherchez mon livre « La Fessée » sur Amazon, vous trouverez sur la même page toute une série de livres d'Isabelle Filliozat, Catherine Dumonteil Kremer, et Alice Miller (ses livres sont des livres de fond) qui peuvent être très utiles aux parents.
En faisant des recherches, j'ai découvert que vous aviez publié un nouveau livre chez Robert Laffont l'année dernière intitulé « Oui, la nature humaine est bonne ! ». Est-ce une suite ?
C'est à la fois un approfondissement de La Fessée et surtout une étude des conséquences que l'habitude de frapper les enfants a pu avoir sur nos idées et nos croyances et notamment sur la façon dont nous concevons la nature humaine et sur l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes. Vous trouverez une présentation détaillée de ce livre sur mon site :http://monsite.wanadoo.fr/maurel2/ avec plusieurs réactions de lecteurs dont celle d'Alice Miller. Je vous signale aussi le site de l'Observatoire de la violence éducative ordinaire que j'ai créé avec quelques amis et qui publie assez fréquemment des articles sur les punitions corporelles : www.oveo.org.
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Cet entretien a initialement été publié le 27 mai 2009 mais je le sentais particulièrement d'actualité cette semaine. ;-) Je l'ai récupéré dans mes vieux dossiers et suis vraiment navrée de ne pas avoir pu rapatrier les commentaires de l'ancien site qui, par la suite, avaient fait débat. J'espère que vous trouverez quand même plaisir à le lire ou relire.
Bises, les pointures !
