Sablés à la noix de coco
mercredi, juillet 20, 2011 at 11:00AM 


Prenez:
- deux enfants qui, la dernière fois qu'ils se sont enfermés dans leur chambre, ont copieusement insulté les passants par la fenêtre,
- un temps de chiotte qui aurait besoin d'être récuré,
- de la poudre de noix de coco râpée bio (0.85€ le sachet),
- un rouleau à pâtisserie tout ce qui semble banal,
- un oeuf, ni trop gros ni trop petit, ayant à peine passé la date de consommation recommandée,
- une petite tasse de dînette (pour les sablés ronds comme les joues de Miette),
- divers jouets de construction (pour les sablés carrés comme l'esprit de Sixpommes),
- 180g de farine fluide,
- 125g de sucre glace,
- Tom Waits, juste pour la voix (mais on peut aussi tenter de le pâtisser),
- 50g de beurre aux cristaux de sel de Guérande.
Je vous dirais bien qu'il est difficile d'occuper des enfants turbulents pendant les grandes vacances - surtout quand il pleut. Je vous dirais bien qu'il suffit de leur faire confectionner des sablés pendant que leur petite sœur dort, que pour cela il faut juste faire une montagne de farine, de sucre glace et de noix de coco, de mettre le beurre mou au milieu et de tout malaxer une première fois avant d'ouvrir un nouveau cratère pour l’œuf et de faire gentiment mélanger le tout par des petits doigts potelés aux ongles parfois douteux. Je pourrais aussi vous dire qu'en entendant Tom Waits s'échapper de mon lecteur, j'ai eu envie de laisser mes cheveux repousser. La coupe courte sur cheveux épais et frisés est tout autant un calvaire que s'ils étaient longs. Même si je n'ai plus à me prendre pour Raiponce en les démêlant deux à trois fois par jour, ils demandent trop souvent à passer chez le coiffeur et quand le budget ne suit pas, je me retrouve vite avec la coupe d'une mémé à caniche.
Je pourrais vous raconter tout cela, en ajoutant que Tom Waits émoustille un peu trop mes hormones en ce moment et que mes principes de petite Barbara Ségur sont venus me rappeler qu'il n'était point sage de désirer un homme plus âgé que notre propre père.
Mais ce dont je voulais réellement vous parler, c'est de la place des objets dans nos souvenirs d'enfance. Pour moi, ils valent toutes les photos (et pourtant, Nicéphore sait à quel point j'aime la photo !), tous les filtres de souvenirs, les potions d'enfance.
Jamais je n'achèterai un rouleau à pâtisserie en silicone, par exemple. Ni des chaises en métal. J'ai besoin de sentir la vie passer par l'objet, son cuir, son bois... Regarder le nœud du bois du rouleau et me demander sur combien de pâtes il a bien pu passer, combien de fois il a rythmé les songes de son ancienne propriétaire (la grand-mère de mon mari), combien de fois elle l'a roulé à la hâte avant que des invités n'arrivent, combien de fois elle l'a brandi en s'écriant qu'elle en avait assez de son mari, de ses enfants, combien de fois elle le faisait danser en chantonnant et je me demande toujours ce qui a provoqué ces petites marques, comme autant de coups de becs, aux extrémités.
* Photo de Tom Wait: JB MOndino
